{"id":1503,"date":"2021-11-02T10:37:04","date_gmt":"2021-11-02T09:37:04","guid":{"rendered":"https:\/\/ezequielvolpe.com\/?p=1503"},"modified":"2021-11-02T17:54:14","modified_gmt":"2021-11-02T16:54:14","slug":"le-mal-aime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ezequielvolpe.com\/en\/le-mal-aime\/","title":{"rendered":"Le mal-aim\u00e9"},"content":{"rendered":"<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1503\" class=\"elementor elementor-1503\" data-elementor-settings=\"[]\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-section-wrap\">\n\t\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-ddc9237 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"ddc9237\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-a18d149\" data-id=\"a18d149\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-c79fdd7 elementor-widget elementor-widget-spacer\" data-id=\"c79fdd7\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"spacer.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-spacer\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-spacer-inner\"><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-a38201f elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"a38201f\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-ace2d57\" data-id=\"ace2d57\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-fc171fe elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"fc171fe\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Fi\u00e9vreux, probablement \u00e0 cause d&rsquo;un virus qui se serait infiltr\u00e9 au-del\u00e0 de mes d\u00e9fenses immunitaires pour se loger confortablement dans ma gorge et ensuite se r\u00e9pandre dans l&rsquo;ensemble de mon organisme \u00e0 ce stade d\u00e9sormais affaibli, cela faisait plusieurs jours d\u00e9j\u00e0 que j&rsquo;\u00e9tais retenu prisonnier dans mon lit, succombant rageusement \u00e0 la douleur de mes visc\u00e8res tortur\u00e9es.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Moi qui n&rsquo;aime pas \u00e9norm\u00e9ment sortir, je me demandais encore comment j&rsquo;avais fait pour attraper pareille saloperie, mais ne parvenais pas \u00e0 trouver de r\u00e9ponse qui me convainqu\u00eet. Pourtant, un r\u00eave qui m&rsquo;avait assi\u00e9g\u00e9 \u2013 avait-ce \u00e9t\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente ou bien celle d&rsquo;avant, je ne saurais le dire \u2013 peignait dans mon souvenir imaginaire le spectre flou d&rsquo;un jeune homme \u2013 je pr\u00e9sumais qu&rsquo;il ne pouvait s&rsquo;agir que de moi-m\u00eame \u2013 marchant sous une <em>dense pluie<\/em>, et se d\u00e9battant inutilement avec les gouttes qui l&rsquo;attaquaient \u2013 passivement, certes, mais finalement, pas vraiment, \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir plus s\u00e9rieusement, et si je devais me prononcer l\u00e0-dessus et que ma vie d\u00e9pend\u00eet de la v\u00e9racit\u00e9 de mon propos, alors ne se d\u00e9battant nullement, je dois l&rsquo;admettre \u2013, la gorge d\u00e9couverte et avec pauvre mine, sans doute le sympt\u00f4me d&rsquo;un sommeil peu r\u00e9parateur.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si ce r\u00eave avait \u00e9t\u00e9 vrai, les circonstances qu&rsquo;il d\u00e9crivait auraient \u00e9t\u00e9 autant d&rsquo;explications valables et suffisantes, autant de bienheureux \u00e9claircissements sur ce terrible destin qui semblait devoir \u00eatre le mien \u2013 car qui choisirait de tomber aussi gravement malade ? \u2013, mais je comprenais \u2013 bien \u00e0 contrec\u0153ur \u2013 que \u00e7a n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 que cela : une concoction c\u00e9r\u00e9brale, chimique et inconsciente, et ainsi mes doutes quant \u00e0 la source de mon \u00e9tat fi\u00e9vreux restaient inexpliqu\u00e9s, et je me r\u00e9solus \u00e0 ce qu&rsquo;ils le restassent, faute de ne pouvoir faire autrement.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ma maladie avait acquis de telles proportions qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait impensable de mettre le bec dehors \u2013 non pas que j&rsquo;en eus ressenti le besoin jusque-l\u00e0 \u2013, alors que j&rsquo;aurais voulu finalement \u00eatre en possession de quelque alcool fort pour occuper un peu mon esprit, et par l\u00e0 m\u00eame pour \u00e9loigner de mon \u00e2me \u2013 faute de quoi, pour anesth\u00e9sier autant que possible \u2013 la sournoise et morne d\u00e9ch\u00e9ance qui s&rsquo;y immis\u00e7ait lentement, et qui comprimait mon c\u0153ur en un tumulte r\u00e9gulier et malsain, qui m&rsquo;interdisait tout repos.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela dit, l\u2019interaction avec la caissi\u00e8re de la sup\u00e9rette d\u2019en bas de chez-moi m&rsquo;aurait p\u00e9niblement incommod\u00e9 car elle n&rsquo;avait pas l&rsquo;air de m&rsquo;appr\u00e9cier tellement. Je ne cessais pourtant d&rsquo;essayer d&rsquo;\u00eatre aimable avec elle\u00a0: d&rsquo;\u00eatre dr\u00f4le et l\u00e9ger\u00a0; d&rsquo;\u00eatre humain\u00a0; d&rsquo;\u00eatre charmant, mais pas trop\u00a0; d&rsquo;\u00eatre rapide \u00e0 la caisse, mais lent dans l&rsquo;intention\u00a0; d&rsquo;\u00eatre vif, perspicace\u00a0; d&rsquo;\u00eatre attentionn\u00e9\u00a0; d&rsquo;\u00eatre doux\u00a0; d&rsquo;\u00eatre un homme, une femme, un enfant\u00a0; d&rsquo;\u00eatre instinctif, mais raisonnable\u00a0; d&rsquo;\u00eatre os\u00e9, mais pas insultant\u00a0; d&rsquo;\u00eatre un ami, un fr\u00e8re et un amant, lui souriant de toutes mes dents et la regardant avec des yeux cajoleurs, pleins de compassion. Rien n&rsquo;y faisait cependant, et elle s&rsquo;\u00e9tait mis en t\u00eate de se comporter particuli\u00e8rement rudement \u00e0 mon \u00e9gard. Son attitude me d\u00e9solait, mais que pouvais-je y faire ? C&rsquo;\u00e9tait affligeant car j&rsquo;aurais aim\u00e9 avoir l&rsquo;opportunit\u00e9 de prendre le temps de la conna\u00eetre, mais je ne savais pas comment lui montrer que je ne lui voulais aucun mal, alors que c&rsquo;\u00e9tait cette appr\u00e9hension-l\u00e0, justement, que je lisais dans son regard dur et incompr\u00e9hensif.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Seulement conna\u00eetre, car Julie n&rsquo;aurait pas vu d&rsquo;un bon \u0153il un autre type de rapprochement ! Comme j&rsquo;y repense tout d&rsquo;un coup, je me dis qu&rsquo;elle se pr\u00e9occupait beaucoup trop Julie ; je consacrais continuellement toute mon \u00e9nergie \u00e0 ne jamais la blesser\u00a0; \u00e0 la m\u00e9nager, quelque part \u00e0 faire en sorte qu&rsquo;elle ne m&#8217;emb\u00eat\u00e2t pas excessivement.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle \u00e9tait tout de m\u00eame f\u00e2cheusement indispos\u00e9e ladite caissi\u00e8re infortun\u00e9e \u00e0 chaque fois que je devais acheter quelque connerie dans cet \u00e9troit local malpropre. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas de ma faute si elle n&rsquo;avait pas \u00e9tudi\u00e9 suffisamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ! Peut-\u00eatre s&rsquo;\u00e9tait-elle donn\u00e9 beaucoup de mal mais n&rsquo;avait quand m\u00eame pas r\u00e9ussi \u00e0 entamer des \u00e9tudes pouss\u00e9es qui lui auraient permis d&rsquo;aspirer \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 laisser vieillir son petit corps jeune et palpitant entre quatre murs d\u00e9labr\u00e9s, et dans ce cas sa faible intelligence aurait-elle excus\u00e9 son intol\u00e9rance et ses jugements infond\u00e9s ? Je ne la connaissais pas et ces r\u00e9flexions \u00e9taient une perte de temps.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis, m\u00eame si j&rsquo;avais pu sortir pour m&rsquo;acheter \u00e0 boire \u2013 ou pour sortir tout court ! \u2013, comme mes capacit\u00e9s cognitives n&rsquo;\u00e9taient pas susceptibles d&rsquo;avoir \u00e9volu\u00e9 du jour au lendemain \u2013 pourquoi l&rsquo;auraient-elles fait ? \u2013, je n&rsquo;aurais observ\u00e9, encore une fois que couleurs et formes, sans \u00eatre capable de tirer plus de renseignements de ce que j&rsquo;\u00e9tais visuellement habilit\u00e9 \u00e0 englober \u2013 ma \u00ab fen\u00eatre sur le monde \u00bb : personnalis\u00e9e, r\u00e9confortante, asphyxiante, accablante, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 je consid\u00e9rais mes autres sens comme immanquablement trompeurs et indignes de confiance \u2013 que ceux auxquels je pouvais esp\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ma demeure, dans mon salon ou sous la douche. Je me rendais bien compte que c&rsquo;\u00e9tait vrai ce que je vous dis l\u00e0 car quelque part je sentais que ma r\u00e9clusion aiguisait mes talents de discernement et d&rsquo;analyse.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Triste d\u00e9solation que la mienne cependant dans ce lit qui \u00e9tait tel une \u00e9pave au fin fond d&rsquo;un oc\u00e9an de turbulences apais\u00e9es, le ciel d&rsquo;un bleu \u00e9teint \u2013le surplombant de toutes parts \u00e0 l&rsquo;horizon\u2013 gardant encore un peu de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 de la temp\u00eate qui se serait d\u00e9sormais consomm\u00e9e.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je ne savais quoi m&rsquo;inventer pour contrer mon ennui, mais trouvai une sorte de passe-temps bien assez vite : ce dernier consistait \u00e0 regarder l&rsquo;ombre que dessinait sur le sol l&rsquo;angle sup\u00e9rieur de la grande fen\u00eatre de ma chambre qui \u00e9tait entrouverte \u2013une ombre en forme de pic plus ou moins pointu selon l&rsquo;heure de la journ\u00e9e \u00e0 laquelle je me trouvais.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce jeu \u00e9tait difficile car je devais rester compl\u00e8tement immobile et tr\u00e8s attentif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tirement progressif de la figure sur le parquet, \u00e0 peine perceptible sur une courte dur\u00e9e, mais \u2013tout \u00e0 fait logiquement\u2013 parfaitement perceptible sur plusieurs heures.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mon immobilit\u00e9 \u00e9tait donc totale et je fixais l&rsquo;ombre avec intensit\u00e9, m&rsquo;effor\u00e7ant d&rsquo;en d\u00e9chiffrer le d\u00e9placement \u00e0 son allure r\u00e9elle, au gr\u00e9 des secondes, des longues minutes et des heures. Je m&rsquo;imaginais \u2013en guise d&rsquo;amusement, je pense, ou pour surench\u00e9rir sur cette t\u00e2che ardue, ou bien comme cons\u00e9quence de la complexit\u00e9 de celle-ci car ne voulant pas m&rsquo;avouer qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait tout \u00e0 fait impossible d&rsquo;appr\u00e9cier ce d\u00e9placement dont je vous parle aussi minutieusement\u2013 que je devenais l&rsquo;ombre en question\u00a0; que je me dissolvais pour me convertir en cette absence de lumi\u00e8re, en un atome de non-lumi\u00e8re ou de n\u00e9ant\u00a0; que je me glissais dans la peau de cette ombre\u00a0; que je devenais le non-\u00e9missaire du Soleil, l&rsquo;\u00e9nergie sereine mais ill\u00e9gitime et inaccept\u00e9e\u00a0; le moment, le calme et le silence\u00a0; le battement lourd des mouvements cosmiques\u00a0\u2026 et je sentais \u2013dans cette immobilit\u00e9 et cet apaisement\u2013 que j&rsquo;aurais pu vivre une telle vie ; vivre la vie d&rsquo;une ombre, comme certains vivent l&rsquo;ombre d&rsquo;une vie \u2013ce jeu de mots m&rsquo;amusa et un sourire s&rsquo;esquissa sur mon visage alors que mon regard ne bougeait pas, toujours fix\u00e9 sur la forme projet\u00e9e sur le sol.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce jeu \u2013qui \u00e9tait fort divertissant\u2013 demandait n\u00e9anmoins un effort nerveux consid\u00e9rable, et je ne pus m&#8217;emp\u00eacher de m&rsquo;assoupir.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me r\u00e9veillai \u2013je n&rsquo;aurais su dire si c&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame jour ou bien le lendemain\u2013 alors qu&rsquo;il faisait sombre dehors. Par quel miracle divin \u2013inexplicable\u2013, mais je me sentais du tonnerre, tout \u00e0 fait en forme ! Ma maladie avait totalement disparu, comme si un sorcier s&rsquo;\u00e9tait attel\u00e9 \u00e0 cet escient en r\u00e9tribution de quelque faveur.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vitalit\u00e9 m\u00eame, vigoureux et enthousiaste, je me levai d&rsquo;un bond et exp\u00e9rimentais ma sant\u00e9 retrouv\u00e9e en bougeant ma carcasse dans tous les sens, \u00e9tirant mon anatomie, faisant suivre \u00e0 mes membres des chor\u00e9graphies tout \u00e0 fait loufoques et fonci\u00e8rement al\u00e9atoires. Je m&rsquo;amusais tellement, comme un enfant dans une cour de r\u00e9cr\u00e9ation se bagarrant avec ses camarades, voulant se pavaner inconsciemment devant son amour inavou\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, avec ses copines \u00e0 elle !<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je dansais et me tordais avec plaisir, quand soudainement mon t\u00e9l\u00e9phone fit un bruit, et je me souvins qu&rsquo;il faisait ce bruit-l\u00e0 lorsque je recevais un message \u2013car vous devez savoir, que depuis que j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 malade, il aurait pu sembler \u00e0 un spectateur tiers que j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 de la face de la Terre, car je n&rsquo;avais re\u00e7u aucun message, aucune visite ! Ma connexion Internet, \u00e9tant ce qu&rsquo;elle \u00e9tait, c&rsquo;est-\u00e0-dire inexistante \u2013puisque je n&rsquo;avais pas de quoi m&rsquo;en payer une et que, de toute mani\u00e8re, j&rsquo;avais cass\u00e9 mon ordinateur portable, je ne savais plus comment, mais je pensais me souvenir que \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 lors d&rsquo;un acc\u00e8s de rage\u2013, ce message \u00e9tait le premier semblant de contact que j&rsquo;avais eu depuis un long moment, et je me jetai avec joie sur mon lit pour cueillir le pr\u00e9cieux appareil pos\u00e9 sur ma table de chevet.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tel un bambin euphorique, je lus ce qui suit : \u00ab Je viens de rentrer, j&rsquo;esp\u00e8re que tu vas mieux ! Toujours d&rsquo;actualit\u00e9 notre verre de ce soir ? \u00bb C&rsquo;\u00e9tait de toute \u00e9vidence un num\u00e9ro que je n&rsquo;avais pas dans mes contacts car aucun nom ne s&rsquo;affichait. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 qui \u00e9st improbable,\u00a0\u00bb pensai-je, mais si cette personne mentionnait mon \u00e9tat de sant\u00e9, elle devait \u00eatre r\u00e9elle, je devais la conna\u00eetre.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ne sachant quoi r\u00e9pondre, car ne sachant qui, je d\u00e9cidai, cependant, de confirmer, hein, ce \u00ab\u00a0rendez-vous,\u00a0\u00bb demander l&rsquo;adresse, heure exactes, comme si je les eus oubli\u00e9es \u2013apr\u00e8s tout, comment serais-je all\u00e9 offenser une \u00e2me g\u00e9n\u00e9reuse qui me proposait de d\u00e9guster un verre en sa compagnie ? Bont\u00e9 impr\u00e9vue, bienvenue, j&rsquo;improviserais mais, pour l\u2019instant, ne blesser la sensibilit\u00e9 de\u00a0: personne, je lui r\u00e9p\u00e9tai, que j&rsquo;avais h\u00e2te, d&rsquo;y \u00eatre, de, le, la, re-trouver. Je, voulais, avais, besoin, de voir, quelqu&rsquo;un. N&rsquo;importe qui eut fait l&rsquo;affaire, vous savez ce que j\u2019entends.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me redressai, me pla\u00e7ai, glac\u00e9, arborer mes pr\u00e9cieuses mimiques bouffonnes\u00a0; adulai mon reflet, l\u2019intimai de voix d\u00e9form\u00e9es, lui pr\u00e9sentai, mes grima\u00e7antes rang\u00e9es de dents sensationnelles. D\u00e9charger, la folle excitation, que me causait l&rsquo;id\u00e9e de ce futur \u00e9change, avec un inconnu\u00a0: myst\u00e8re sans \u00e9gal. Aventure\u00a0: unique.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je m&rsquo;habillai \u00e0 vive allure. Gestes saccad\u00e9s, pr\u00e9cis\u00a0; jetai un clin d\u2019\u0153il \u00e0 mon reflet.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 M\u00e9tro f\u00e9tide.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;\u00e9tais presque arriv\u00e9 au point de rencontre. Je me rendis compte que je ne savais plus o\u00f9 je me dirigeais. Je regardai mon portable, la conversation avait disparu. Pourtant, elle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 une hallucination. J\u2019avais d\u00fb l&rsquo;effacer, me revint en t\u00eate\u00a0: l&rsquo;endroit\u00a0; je devais m\u2019y rendre, terrasse proche, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u00e0.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une connaissance m&rsquo;avait expliqu\u00e9, une fois, de glaner, le haut des immeubles, car ils paraissent\u00a0: diff\u00e9rents. Je levai la t\u00eate, pour confirmer\u00a0: leur contour venait s\u2019apposer au ciel noir. L\u2019univers parall\u00e8le d\u2019une esp\u00e8ce\u00a0sup\u00e9rieure, peut-\u00eatre\u00a0; je rabaissai mon regard, jugeai sa raison\u00a0: autant de \u00ab\u00a0choses,\u00a0\u00bb qui \u00e0 notre hauteur, avaient, moins satisfaisant aspect.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;atteignis la terrasse et m&rsquo;assis sans qu&rsquo;aucune des personnes qui y \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es ne remarqu\u00e2t mon arriv\u00e9e. Les serveurs non plus ne firent pas attention \u00e0 moi. Ils respectaient le client, ne le bombardaient pas de questions sur sa commande alors qu&rsquo;il vient tout juste de s\u2019accommoder.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je fus ravi de ce traitement, regardai avec nonchalance la carte quand arriva\u00a0: Julie \u2013voil\u00e0, cette personne qui m&rsquo;\u00e9crivait\u00a0; elle s&rsquo;assit sans m&#8217;embrasser\u00a0: elle \u00e9tait au t\u00e9l\u00e9phone. Sa conversation avait l&rsquo;air\u00a0: incontournable\u00a0; \u00e0 l\u2019importance, certaine. Je ne lui en voulus point car elle me fit, un \u00ab\u00a0geste\u00a0;\u00a0\u00bb demandait, de patienter\u00a0; je jugeai que c&rsquo;\u00e9tait, bon, suffisant, je suppose \u2026 pour la pardonner. Un acte que je consid\u00e9rai, comme un manque de tact, ou m\u00eame \u2013soyons francs\u00a0: un affront, un r\u00e9pr\u00e9hensible irrespect.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle raccrocha, continua de parler, parla, \u00e0 moi, semblait-il, oui, se mit, \u00e0 me parler, quoi, je pense, allons\u00a0: d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement, extraordinaire\u00a0? qui lui \u00e9tait arriv\u00e9, le jour \u2026 m\u00eame, qu&rsquo;elle devait, me retranscrire\u00a0: nous n&rsquo;\u00e9change\u00e2mes aucune parole, \u00e0 proprement parler\u00a0; elle habitait le d\u00e9bat schizophr\u00e8ne, cela semblait lui convenir, ou plut\u00f4t, le d\u00e9sirait-elle\u00a0; il est vrai que ce r\u00f4le, parmi tous les r\u00f4les qu&rsquo;il lui \u00e9tait possible d&rsquo;endosser, lui correspondait. Par oubli, elle encha\u00eena\u00a0: son voyage d&rsquo;affaires\u00a0! Oh l\u00e0 l\u00e0, dont elle revenait\u00a0! Elle commanda, entre deux longues phrases \u2013sans presque reprendre son souffle\u00a0: nos boissons \u2013elle avait, adorable, anticip\u00e9 mon choix\u00a0: nos liquides arriv\u00e8rent. Plus adorable encore\u00a0: au fur et \u00e0 mesure de son r\u00e9cit, je discernais, qu\u2019elle ne tournait pas plat\u00a0: elle avait l&rsquo;air meurtrie\u00a0; afflig\u00e9e\u00a0: tracass\u00e9e. Pein\u00e9, je voulus lui dire que tout s&rsquo;arrangerait, mais je crus plus opportun de continuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9couter, pour ne pas la troubler, davantage, car vous devez savoir que je ne suis pas un monstre insensible. Tr\u00e8s triste.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s un moment cependant je commen\u00e7ais \u00e0 me demander si elle n&rsquo;en avait que faire de ma pr\u00e9sence\u00a0; si elle n&rsquo;avait pas maniganc\u00e9 toute cette histoire, toute cette mascarade, dans l\u2019intol\u00e9rable but, de se MOQUER DE MOI ! Sa narration \u00e9gocentr\u00e9e devenait infinie et pesante de superficialit\u00e9, et ses id\u00e9es \u2013mon Dieu, ses id\u00e9es \u2026 se suivaient, se mat\u00e9rialisaient, si pr\u00e9cipit\u00e9es, que j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 incapable d&rsquo;intervenir, pour stopper, ce torrent, ignare, d&rsquo;une vacuit\u00e9\u00a0: amorphe, qui infligeait, \u00e0 mon in-tel-li-gen-ce, ce CRIME, qui eut d&rsquo;\u00eatre r\u00e9pr\u00e9hensible \u2013non pas que je le voulus, apr\u00e8s tout\u00a0: ce semblant de partage, qui eut satisfait un autre que moi, \u00e9tait si insignifiant que je pouvais tout aussi bien le subir sans broncher.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette indiff\u00e9rence qu\u2019elle me traduisait \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 ce que je continuais de percevoir dans ses yeux \u2013et dans sa physionomie tout enti\u00e8re pour \u00eatre tout \u00e0 fait sinc\u00e8re quant \u00e0 mon ressenti du moment, une sorte d&rsquo;effroi, pr\u00e9monition de vicissitudes horribles qui ne tarderaient \u00e0 survenir et qui nous plongeraient tous dans le marasme pr\u00e9gnant d\u2019une souffrance indistincte. Puis, il \u00e9tait vrai qu&rsquo;une timide migraine avait germ\u00e9 dans mon cr\u00e2ne \u2013pas due \u00e0 Julie, que j&rsquo;aimais fort tendrement. Je pensai qu\u2019elle devait \u00eatre due au fait que je n&rsquo;\u00e9tais pas tout \u00e0 fait r\u00e9tabli, m\u00eame si j&rsquo;avais voulu me convaincre du contraire\u00a0; que les changements de temp\u00e9rature, courants d\u2019air avaient saccag\u00e9 mon hyperactivit\u00e9 soudaine \u2013quand c\u2019est trop beau pour \u00eatre vrai\u00a0! c\u2019est que \u00e7a ne l\u2019est pas.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je voulais m&rsquo;\u00e9clipser sans causer de dommage cons\u00e9quent. Je pris mon courage \u00e0 deux mains\u00a0: pour atteindre mon objectif illico presto, je brandis un regard clair et s\u00e9rieux \u2013ma foi, affectueux aussi, il faut bien\u00a0; j\u2019annon\u00e7ai solennel\u00a0: \u00ab Ch\u00e9rie, je t&rsquo;aime, mais je dois y aller car je ne me sens pas bien, je n&rsquo;aurais pas d\u00fb sortir aussi promptement de chez-moi. \u00bb Pour adresser ma peine relative \u00e0 sa tristesse, d\u00e9cel\u00e9e, je r\u00e9p\u00e9tai, avec \u00e9l\u00e9gance : \u00ab Je t&rsquo;aime. \u00bb<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me levai \u00e0 mon aise, pour qu&rsquo;elle v\u00eet bien que je ne me sentais aucunement coupable. Tant pis, je n\u2019\u00e9tais pas en condition d&rsquo;y rester plus longtemps, ma migraine progressait de seconde en seconde. Dans mon d\u00e9ploiement fluide, je lan\u00e7ai un coup-d&rsquo;\u0153il dans sa direction, notai qu&rsquo;elle demeurait immobile, elle s&rsquo;\u00e9tait aussi arr\u00eat\u00e9e de parler\u00a0; \u00ab Elle boude, ne t&rsquo;y trompe pas, \u00bb pensai-je, et je me r\u00e9confortais\u00a0: \u00e7a lui passerait\u00a0\u2026 pour s\u00fbr, tout irait bien.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je marchais d&rsquo;un pas l\u00e9ger car mon subterfuge avait r\u00e9ussi\u00a0: je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9barrass\u00e9 habilement de toute responsabilit\u00e9. Il faisait nuit et rentrer \u00e9tait la convenable\u00a0\u00e9vidence. Cela dit, comme je m&rsquo;approchais de la bouche de m\u00e9tro je remarquai que ma migraine avait quasiment disparu. Je me surpris \u00e0 \u00e9tudier ce changement brusque de mon humeur\u00a0: mon avancement se voulut plus lent, devint s\u00e9quenc\u00e9, se termina, m\u2019arr\u00eata en milieu des marches\u00a0; je voulais prendre les passants dans mes bras pour partager ma joie, mes yeux gonfl\u00e9s aux tempes de ti\u00e8de incompr\u00e9hension.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A cet instant pr\u00e9cis, comme je regardais mes mains avec incr\u00e9dulit\u00e9, je respirai l&rsquo;odeur fabuleuse\u00a0: un parfum frais, sophistiqu\u00e9\u00a0; la virulence d\u2019hormones farouches et d\u00e9licieuses. Cette extraordinaire senteur souleva ma t\u00eate sur son passage\u00a0: je regardai, h\u00e9b\u00e9t\u00e9, tournant le torse avec ridicule\u00a0: glissait s\u2019\u00e9loignant, rebondissante et pleine, voluptueuse chevelure brune appos\u00e9e sur un manteau gris, cintr\u00e9 court\u00a0; un scintillement rouge, une ligne d\u00e9licate de tissu soyeux, r\u00e9tribuait ma position en contre-bas\u00a0; deux longues jambes \u00e0 collants noirs parfaitement structur\u00e9es\u00a0; des bottines, pour finir, sympathiques\u00a0: quelle douleur\u00a0; quelle terrible, terrible, terrible douleur \u2026<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Dieu existe ! \u00bb Admiration et d\u00e9lectation devant ce signe de revirement de soir\u00e9e \u2013oui, car elle \u00e9tait pass\u00e9e juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi ! Elle voulait que je la suive, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9vident, sinon, pourquoi serait-elle pass\u00e9e tout pr\u00e8s, avec tout l&rsquo;espace qu&rsquo;il y avait pour se rendre \u00e0 la surface ? Je pris la rambarde d&rsquo;une main et d&rsquo;un mouvement \u00e9nergique me hissai vers l\u2019aventure.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je la suivais avec gr\u00e2ce, gardant toujours la m\u00eame distance pour ne pas compromettre le jeu \u00e9rotique auquel nous nous adonnions \u2013de son initiative, douce cr\u00e9ature ! Ange d\u00e9chu pour me faire go\u00fbter le nectar de l&rsquo;immortalit\u00e9, pour \u00e9lectriser mes cellules en un spasme de plaisir majestueux !<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Julie me vint \u00e0 l&rsquo;esprit. Je reconsid\u00e9rai notre entrevue, d\u00e9cidai qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de ce que j&rsquo;attendais, de ce \u00e0 quoi je pouvais pr\u00e9tendre de la part de ma partenaire amoureuse\u00a0; elle ne s&rsquo;\u00e9tait pas comport\u00e9e correctement \u00e0 mon \u00e9gard, ne m\u2019avait pas montr\u00e9 l&rsquo;appr\u00e9ciation que je m\u00e9ritais en tant que compagnon sensible et affectueux, surtout car je me remettais d&rsquo;une maladie pernicieuse ! Cela \u00e9tait incontestable \u2013d\u00e9finitivement\u00a0: Julie ne valait pas la peine\u00a0; je regrettai am\u00e8rement \u2013avec col\u00e8re\u00a0! de lui avoir l\u00e2ch\u00e9 que je l&rsquo;aimais, de m&rsquo;\u00eatre ainsi honteusement prostitu\u00e9. \u00ab Ne baisse jamais la garde, ton orgueil est ton meilleur alli\u00e9. \u00bb<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces pens\u00e9es-l\u00e0 me f\u00e2ch\u00e8rent mais allum\u00e8rent dans mon c\u0153ur l&rsquo;esp\u00e9rance de trouver, dans une nouvelle \u00e9treinte \u2013entre les cuisses d\u2019une autre femme\u00a0; abreuv\u00e9 des g\u00e9missements d\u2019une autre p\u00e9tasse\u00a0; dans la sueur d&rsquo;un autre \u00e9bat\u00a0\u2013cette \u00e2me s\u0153ur que nous cherchons tous angoiss\u00e9s \u2013c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre celle que je suivais ! Apr\u00e8s tout, les circonstances que j&rsquo;\u00e9tais en train de vivre n&rsquo;avaient pas lieu dans la vie r\u00e9elle\u00a0\u2013j&rsquo;\u00e9tais en train d&rsquo;exp\u00e9rimenter un conte\u00a0: l&rsquo;historiette d&rsquo;une rencontre \u00e9mouvante entre deux \u00e2mes seules s\u2019imbriquant, vagabondant dansant dans\u00a0: la rue, d&rsquo;une ville po\u00e9tique, avant de s&rsquo;aimer f\u00e9rocement et de go\u00fbter l&rsquo;une l&rsquo;autre \u00e0 leurs chairs avec avidit\u00e9.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un cadeau pour nos futurs enfants\u00a0? Leur montrer que l&rsquo;amour existe.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans un labyrinthe de revirements sinistres, nous tournions successivement \u00e0 droite, puis\u00a0: \u00e9loign\u00e9s de l&rsquo;afflux gluant des grandes art\u00e8res, nous n&rsquo;\u00e9tions plus que nous, projet\u00e9s insensibles automatiques, peupl\u00e9s d\u2019obscurit\u00e9\u00a0\u2013l\u2019\u00e9troit \u00e9tau d\u2019ambiance d\u00e9sertique r\u00e9sonnait mes pas p\u00e9n\u00e9trant vibrants l\u2019asphalte, moulu \u00e0 la complicit\u00e9 du dessein macabre \u2013ce bruit de pr\u00e9dateur augmentait mon app\u00e9tit sexuel, s\u2019alimentait de ma r\u00e9solution romantique\u00a0; le sien aussi, de toute \u00e9vidence, vibrait haut d\u2019imp\u00e9tueux, car elle trahit un regard furtif\u00a0; me cibla d&rsquo;un \u0153il distrait, transpirante acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u2013coquine\u00a0: son visage, qu&rsquo;elle parada apeur\u00e9, dictait essentiel le fantasme de rapt qu&rsquo;elle crevait goul\u00fbment d&rsquo;envie d&rsquo;\u00e9prouver \u2013ses jambes se d\u00e9robaient \u00e0 l\u2019expectative d&rsquo;un affrontement sexuel dont le degr\u00e9 de violence serait \u00e9gal \u00e0 la ravageuse n\u00e9cessit\u00e9 de sentir\u00a0; de se perdre dans une connexion\u00a0; de se fondre dans un semblant de sens ; de justifier la satan\u00e9e mise au monde\u00a0\u2013toutes les femmes le d\u00e9sirent secr\u00e8tement\u00a0: la soumission\u00a0: la perte de contr\u00f4le, en phase avec la v\u00e9rit\u00e9 sensible, filigrane d\u2019une pantomime universelle \u2013je me r\u00e9jouis de conna\u00eetre une femme qui accepta ses propres d\u00e9sirs cach\u00e9s avec autant de franchise.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle disparut\u00a0: je compris qu&rsquo;elle avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans un immeuble\u00a0: je me mis \u00e0 courir \u2013avec un hal\u00e8tement sonore et rauque qui devait r\u00e9sonner jusque dans les chambres des habitants de cette ruelle miteuse \u2013jusque dans la cervelle des rats qui peuplaient les \u00e9gouts sous nos pieds \u2013pour atteindre \u00e0 temps la porte se refermant\u00a0: j&rsquo;y parvins de justesse.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A l&rsquo;int\u00e9rieur, le souffle coup\u00e9, tendant l&rsquo;oreille\u00a0\u2013loup appliqu\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che du jeu animal\u00a0: je m&rsquo;arr\u00eatai \u2013savourer l\u2019imagination des plaisirs vicieux dont nous serions coupables\u00a0! Un sourire se posa sur mes l\u00e8vres\u00a0: j\u2019escaladai les marches indignes de notre bonheur\u00a0; je tombai sur ma courtisane, stoppai de tout mon poids la porte qu\u2019elle tenta d\u2019\u00e9clater sur mon visage \u2013qu&rsquo;elle \u00e9tait belle ! somptueuse\u00a0: son visage \u2013qu&rsquo;elle s&rsquo;obstinait avec diligence \u00e0 vouloir faire para\u00eetre effray\u00e9 pour pimenter notre bataille \u00e9rotique\u00a0\u2013la fa\u00e7on dont elle faisait semblant de d\u00e9sesp\u00e9rer, tentant de sceller la lourde barri\u00e8re\u00a0: lutter contre l\u2019in\u00e9vitable envahissement\u00a0\u2013sous l&#8217;emprise psychotique d&rsquo;un faible scintillement d&rsquo;espoir\u00a0: incr\u00e9dule face \u00e0 la pugnacit\u00e9 du Mal \u00e9crasant \u2013quoi\u00a0! sa pitoyable ringardise en somme m&#8217;emplissait d&rsquo;une faim magistrale, surpuissante, d\u00e9vastatrice \u2013mon envie de la d\u00e9vorer tout enti\u00e8re, d&#8217;empaler ses trous dilat\u00e9s dans une tornade de sueur arrivait \u00e0 son paroxysme\u00a0\u2013mon excitation \u00e9tait insupportable\u00a0\u2013j&rsquo;enfon\u00e7ai la porte, la propulsai au sol, m&rsquo;avan\u00e7ai vers elle\u00a0\u2013empereur grandiose et vainqueur\u00a0! De chaudes larmes coulaient sur ses joues roses \u2013son excitation \u00e0 elle aussi devait \u00eatre \u00e0 son comble\u00a0\u2013soudain, l&rsquo;app\u00e9tissant squelette g\u00e9mit, et ensuite cria de toutes ses forces, dans une derni\u00e8re supplication per\u00e7ante : \u00ab ANTOINE ! \u00bb<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange car ses l\u00e8vres <em>ne boug\u00e8rent pas<\/em>, comme si elle n&rsquo;avait articul\u00e9 aucun mot.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 S&rsquo;agissait-il de son colocataire ? Je ne sais pas pourquoi, mais ce cri me vida de toutes mes forces\u00a0: je tr\u00e9passai, transport\u00e9\u00a0; j\u2019\u00e9tais, en arri\u00e8re\u00a0: d\u00e9plac\u00e9\u00a0; je m&rsquo;extirpai, de ce vortex, de douleur et perdition\u00a0; je vis la porte se refermer, on eut dit qu&rsquo;elle se refermait, toute seule. Je descendis, les marches en flottant, passai au travers, me retrouvai \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0: il pleuvait. J&rsquo;ai eu froid. Oui. Je marchais, ou bien, d\u00e9ambulais, sonn\u00e9 \u2013comme par un coup sur la t\u00eate, ou bien, comme, drogu\u00e9, par quelque, substance, oui \u2026 je voyais, des spectres croisaient mon chemin, tout de noir v\u00eatus, des capuches \u00e0 passants, des parapluies bas aux visages tapis dans le noir, imperceptibles.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les nuages \u00e9taient tr\u00e8s bas dans le ciel et touchaient presque le haut des immeubles ; je pensai que, si elle devait exister, m\u00eame l&rsquo;esp\u00e8ce sup\u00e9rieure serait dans l&#8217;embarras, car je ne pense pas que l&rsquo;on puisse respirer dans un nuage.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ma sensation d&rsquo;\u00eatre drogu\u00e9 persistait. Tout \u00e9tait rev\u00eatu d&rsquo;une couleur grise morne, triste\u00a0: monotone. Tout floutait, comme si le monde avait \u00e9t\u00e9 une aquarelle, et la pluie\u00a0: un exc\u00e9dent d&rsquo;eau qui vient dissoudre le mirage d&rsquo;une existence.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je m&rsquo;ensevelis dans le souterrain et ne distinguais pas les arr\u00eats \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mon wagon vide, d&rsquo;une rame tout aussi vide. Ma vision \u00e9tait brumeuse et m&rsquo;interdisait de lire les noms signal\u00e9s sur la paroi m\u00e9tallique. L&rsquo;affichage paraissait d&rsquo;une longueur d\u00e9cupl\u00e9e, s&rsquo;\u00e9tendant des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 l\u2019infini le long de la machine mouvante\u00a0: la rame ne s&rsquo;arr\u00eatait jamais \u2013le m\u00e9tro fonctionnait-il comme le bus, ne faisant pas de halte lorsqu&rsquo;aucun passager ne voulait descendre, ni monter ?<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je regardai par la fen\u00eatre\u00a0: les pancartes publicitaires me choqu\u00e8rent de leurs pr\u00e9dilections diaboliques\u00a0; des \u00eatres inf\u00e2mes \u2013rouge sang, en transe, se convulsionnaient, me faisaient signe de les rejoindre dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00a0! la r\u00e9alit\u00e9, se brisa, devant mes yeux, \u00e0 <em>bruits de craquements<\/em> SOURDS et SINISTRES\u00a0; tout se morcela \u2026 s&rsquo;atomisa, irr\u00e9m\u00e9diable\u00a0: la frustration, la d\u00e9solation, la solitude, extr\u00eames, me submerg\u00e8rent, torrent paisible mon corps, s&rsquo;\u00e9leva, flotta, dans l&rsquo;univers infini et immat\u00e9riel et mon esprit, absorba, la miraculeuse beaut\u00e9 du paysage galactique\u00a0; mon identit\u00e9 comp\u00e9n\u00e9tra la d\u00e9tresse de l&rsquo;horizon obscur et incertain\u00a0; le vide p\u00e9n\u00e9tra mes os et mon cr\u00e2ne, et la destruction et la Mort annihil\u00e8rent ma m\u00e9moire et mes organes\u00a0; ma peau, mes pens\u00e9es, mon \u00e2me, mes r\u00eaves, se repli\u00e8rent, vers mon c\u0153ur, implos\u00e8rent et disparurent pour ne laisser, que la sensation, d&rsquo;une pr\u00e9sence, qui avait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9, mais, ce rien n&rsquo;exista pas, dans le noir du cosmos\u00a0\u2013les plan\u00e8tes continu\u00e8rent leur rotation, l&rsquo;architecture imp\u00e9n\u00e9trable demeura un myst\u00e8re\u00a0: mon cerveau, demeura un myst\u00e8re\u00a0: une froideur m&rsquo;enveloppa tout entier. Tout cela, ne me g\u00eana pas, outre mesure, je m&rsquo;endormis en tombant de tout mon poids sur le si\u00e8ge.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je per\u00e7ai ma conscience aux paupi\u00e8res alourdies. Je m\u2019affaissai dans mon puits de noir. Je r\u00e9it\u00e9rai, sombrai dans la turpitude. Je roulai mon idiotie, elle agrippait une tranche de fiction, je replongeai, sommeil criard, au jour\u00a0! matin\u00e9e\u00a0?\u00a0Je me r\u00e9veillai, rechutai, me d\u00e9testai, non, que dire\u00a0? Bl\u00eame dans le jaune, certainement bl\u00eame, transparent en tout cas collant, sale, pouilleux \u2013terrible, terrible confusion\u00a0; sonn\u00e9 par-dessus bord, impeccablement abattu, radioactif \u2013ma vision se centrait \u2026 brumeux imb\u00e9cile\u00a0\u2013table basse renvers\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Mon salon.\u00a0\u00bb Etal\u00e9 comme un nul. \u00ab\u00a0Fermer les yeux.\u00a0\u00bb Accabl\u00e9 las. \u00ab\u00a0Reprendre mes esprits.\u00a0\u00bb Visions indicibles, \u00e9v\u00e9nements de la nuit pass\u00e9e, cauchemard\u00e9s, v\u00e9cus synaptiques. Impressions, impr\u00e9cisions ind\u00e9finies. Mal de gorge\u00a0: j\u2019\u00e9ternuai, des gouttes coulaient sur mon visage, \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur je reconnus que \u00e7a ne pouvait \u00eatre vrai. \u00ab\u00a0Il a plu.\u00a0\u00bb Je me souvins, je n\u2019avais su anticiper pour me pr\u00e9valoir d\u2019un parapluie au cas o\u00f9 il pleuvrait. J\u2019avais eu froid. Torpeur, fauteuil, \u00ab\u00a0Manteau\u00a0?\u00a0\u00bb Pas manteau. Agr\u00e9able sensation, m\u00e9ditation prolong\u00e9e. Ma m\u00e9moire atomis\u00e9e \u00e9tait une b\u00e9n\u00e9diction, je la savourais avec d\u00e9livrance. Je ne th\u00e9orisais pas d\u00e9sinvolte, je demeurais\u00a0: heureux, calme, satisfait.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Progressivement, la raison me revint, doses hom\u00e9opathiques de croissante limpidit\u00e9. \u00ab\u00a0Comment ai-je atterri chez moi\u00a0?\u00a0Quel a \u00e9t\u00e9 mon trajet depuis l&rsquo;int\u00e9rieur du wagon de m\u00e9tro, travers de cauchemar\u00a0?\u00a0\u00bb Je r\u00e9fl\u00e9chissais. Les yeux ferm\u00e9s. Allong\u00e9 par terre, mon corps courbatur\u00e9 d&rsquo;une pesanteur extr\u00eame\u00a0: comment avais-je fait pour me trimbaler, inconnu \u00e0 moi-m\u00eame ? Absurde, je n&rsquo;avais jamais \u00e9t\u00e9 de ceux \u00e0 d\u00e9ambuler dans leur sommeil. \u00ab\u00a0Quelle situation ridicule, amusante, inqui\u00e9tante.\u00a0\u00bb Je continuais de chercher mais rien : oubli total.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Couch\u00e9 sur le ventre, je repliai mon bassin, m\u2019appuyai sur mes avant-bras. La pression d\u00e9sormais inexistante sur mon entre-jambes conf\u00e9ra \u00e0 nouveau ses sensations. Je notai que mon membre \u00e9tait endolori. Je glissai ma main dans mon pantalon. Je constatai que j&rsquo;avais fait un r\u00eave mouill\u00e9 \u2013comme \u00e0 l&rsquo;adolescence, que de souvenirs, m\u00e9lancoliques \u2013je me regardai dans l&rsquo;arri\u00e8re de mon cr\u00e2ne, au fond de la turbulente p\u00e9nombre, fluctuante t\u00e9n\u00e9breuse \u2013me r\u00e9veiller un matin en pleine pubert\u00e9, apercevoir sur mon visage cette incompr\u00e9hension si touchante et si p\u00e9nible \u2013si path\u00e9tique en fin de compte \u2013mais ce gar\u00e7on du pass\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait plus moi\u00a0; je me demandai si j&rsquo;avais vraiment \u00e9t\u00e9 ce gar\u00e7on, car je ne tiens rien pour s\u00fbr mis \u00e0 part le moment pr\u00e9sent\u00a0: \u00e7a aurait tr\u00e8s bien pu \u00eatre quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre, quelque invention, fantaisie enjou\u00e9e, compagne de douleur.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je palpais de ma main mon attribut \u2013le massant pour soulager la douleur \u2013une lame p\u00e9n\u00e9tra mon cerveau\u00a0: je recevais la meilleure fellation que j&rsquo;eus jamais re\u00e7ue de toute ma vie. Si je mens que l&rsquo;on me pende car je ne sais plus ce que je dis ni qui je suis ! Fantastique man\u0153uvre, je plissai les sourcils, mais n&rsquo;y parvins pas, m\u00e9moire d\u00e9chue, mais les sens\u00a0! Les SENS\u00a0! J\u2019en d\u00e9duis que j&rsquo;avais fait un r\u00eave \u00e9rotique, me mordis la l\u00e8vre, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de mes r\u00eaves dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Finalement, je me levai \u00e0 moiti\u00e9, m&rsquo;assis sur le sol. Je me hissai vers le haut\u00a0: on frappa trois coups, le dernier co\u00efncidant \u2013comme si cela eut \u00e9t\u00e9 fait expr\u00e8s \u2013avec le moment pr\u00e9cis o\u00f9 ma t\u00eate retrouva sa position tout \u00e0 fait verticale et DING\u00a0! Magie, quand tu nous tiens. Je me demandai qui cela pouvait bien \u00eatre, me dirigeai en titubant vers la porte, lubrifiant mon cou de mouvement souples de la t\u00eate, \u00e9tirant les muscles de mon visage, plus g\u00e9n\u00e9ralement tentant de me d\u00e9faire de la l\u00e9thargie que j&rsquo;\u00e9prouvais, \u00e0 mesure que le souvenir de ma haine r\u00e9investissait mon syst\u00e8me, que ma physionomie reprenait son \u00e9lan de truand, son \u00e9nergie de fauve.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ouvris la porte sans r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0: je me retrouvai face \u00e0 face avec un policier \u2013un autre post\u00e9 derri\u00e8re lui, deux autres un peu plus bas \u2013sur les marches, sur le c\u00f4t\u00e9 \u2013tous me fixant, aux aguets ; le premier la main pos\u00e9e sur sa matraque, celui derri\u00e8re lui avec, entre les mains un objet, que j&rsquo;aurais pu jurer, \u00e9tait mon portefeuille \u2013dans ce cas avaient-ils aussi <em>mon manteau<\/em>, et m&rsquo;\u00e9tais-je fait voler par une police corrompue ?! Les deux plus bas, pareil\u00a0: l&rsquo;un avec des menottes dans les mains, l&rsquo;autre, qui l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 sortie, lui, par contre, sa matraque \u2013pseudo-justiciers !<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le deuxi\u00e8me donc \u2013avec l&rsquo;objet entre les mains, regardait l&rsquo;accessoire en cuir noir \u2013je d\u00e9terminai\u00a0: un portefeuille\u00a0; il observait mon imperceptible : il dit \u00e0 son compagnon qui me confrontait directement : \u00ab C&rsquo;est lui, \u00bb et je compris \u2013non pas que je sus de quoi il en retourn\u00e2t, qu&rsquo;une pi\u00e8ce d&rsquo;identit\u00e9 \u00e9tait appos\u00e9e\u00a0\u2013c&rsquo;\u00e9tait cela que le second policier avait scrut\u00e9.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Imm\u00e9diatement \u2013tout en me prenant par le poignet et me retournant violemment, le premier policier annon\u00e7a : \u00ab Antoine D.\u00a0: vous \u00eates en \u00e9tat d&rsquo;arrestation pour le meurtre de Claire R.\u00a0: tout ce que vous direz, \u00bb et il continua son charabia tandis que ses copains acc\u00e9daient, p\u00e9n\u00e9traient superbes\u00a0: s\u2019indulgeaient l\u00e9gitimes \u00e0 mon tacite accord. Je ne me d\u00e9battis point, subjugu\u00e9 par l\u2019absurde \u2013\u00f4 vices de proc\u00e9dures\u00a0! Soit\u00a0: malin, je d\u00e9cidai que je ferais mieux d\u2019asseoir le courant des \u00e9v\u00e9nements pour expliquer, apr\u00e8s, calmement, au juge \u2013ou \u00e0 la personne en charge que sais-je\u00a0: que tout cela \u00e9tait honteux\u00a0! Une ABERRATION\u00a0! Erreur d\u00e9montrable par deux plus deux font quatre, et que j&rsquo;exigeais\u00a0! que l&rsquo;on me ramen\u00e2t chez-moi sur le champ \u2013et, qui plus est, aimablement.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Mais qui est cette Claire ? dont le meurtre on veut me coller sur le dos,\u00a0\u00bb me demandai-je, menott\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de la voiture de police, arr\u00eat\u00e9e \u00e0 un carrefour, stationn\u00e9e de rage et de massacre. \u00ab Qui cela peut-il bien \u00eatre\u00a0? \u00bb J&rsquo;\u00e9tais face \u00e0 une inconnue.<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je violentais mes neurones pour essayer de tirer tout cela au clair. Le policier sur le si\u00e8ge passager se retourna vers moi et \u2013\u00e0 travers cette sorte de cage qui \u00e9tait cens\u00e9e me s\u00e9parer moi, le suppos\u00e9 criminel, des gentils officiers, me dit, avec une animosit\u00e9 \u00e0 peine dissimul\u00e9e : \u00ab Tu t&rsquo;y es pris comment pour lui faire sauter toutes ses dents ? HEIN\u00a0?! Esp\u00e8ce de sale ordure\u00a0\u2026 charogne\u00a0! Fils-de-pute, BATARD\u00a0! racaille-riche encul\u00e9 de p\u00e9dale bourge,\u00a0\u00bb mais je n\u2019entendais pas le sens de ces sons, par trop occup\u00e9 \u00e0 observer comment sa haine \u2013car il me semblait recevoir de la haine, d\u00e9figurait sa gueule, de brute, \u00e9mettrice, de postillons mousseux \u2013je souris, affable cryptique\u00a0: son autorit\u00e9 sup\u00e9rieure lui annoncerait qu&rsquo;il \u00e9tait contraint de me voir partir\u00a0; l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de leur journ\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 s&rsquo;obstiner \u00e0 vouloir mettre en prison un parfait innocent, aura \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9e. Quand m\u00eame, combien \u00e9quivoque que cette \u00e9trange occurrence. \u00ab\u00a0D\u00e9cid\u00e9ment,\u00a0 il n\u2019y a que moi pour me retrouver dans ce genre de conjoncture.\u00a0Antooooooine \u2026 bordel \u2026 Quelle d\u00e9ception \u2026 \u00bb<\/p><p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab T&rsquo;inqui\u00e8te pas, poursuivit l&rsquo;officier\u00a0\u2013c&rsquo;est pas la peine de parler\u00a0: d\u00e8s qu&rsquo;on aura analys\u00e9 le sperme dans la bouche de la victime tu partiras en taule pendant un tr\u00e8s long moment, et les filles que tu conna\u00eetras seront grandes et muscl\u00e9es, et auront des bites. \u00bb Ces paroles me r\u00e9confort\u00e8rent\u00a0: seulement un monstre aurait pu s&rsquo;adonner \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer une bouche \u00e9dent\u00e9e avant d&rsquo;\u00e9jaculer en son int\u00e9rieur\u00a0; je savais \u2013comme vous l\u2019avez d\u2019ailleurs constat\u00e9, que je n&rsquo;\u00e9tais pas un monstre.<\/p>\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-5043dae elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"5043dae\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-32bbde0\" data-id=\"32bbde0\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-9d0d25f elementor-widget elementor-widget-spacer\" data-id=\"9d0d25f\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"spacer.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t<div 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